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Le gaslighting : d’où vient le mot, et ce qu’il désigne vraiment

Emprise et relation à soi
Photo : Roland.h.bueb, CC BY-SA 4.0

Le mot est devenu courant en quelques années, et son usage s’est élargi au point de recouvrir à peu près tout désaccord. Il désigne pourtant quelque chose de précis, et cette précision est ce qui le rend utile.

L’origine

Gas Light est une pièce de Patrick Hamilton créée à Londres en 1938, adaptée au cinéma en 1940 puis en 1944 par George Cukor — Hantise en français. L’intrigue : un mari cherche à faire passer sa femme pour folle. Il déplace des objets puis nie l’avoir fait, et surtout il baisse l’éclairage au gaz de la maison en affirmant que rien n’a changé. Le titre vient de là, et le procédé aussi : nier des faits perceptibles jusqu’à ce que l’autre doute de sa propre perception.

Ce que le mot désigne précisément

Trois éléments doivent être réunis. Il faut des faits vérifiables — ce qui a été dit, fait, promis. Il faut une négation de ces faits, pas une interprétation divergente. Et il faut de la répétition : un épisode isolé n’érode rien, c’est la durée qui produit l’effet. L’objectif décrit, qu’il soit conscient ou non, est que la personne cesse de se fier à sa propre mémoire.

Ce que le mot ne désigne pas

Et c’est devenu l’essentiel, vu son usage actuel. Ce n’est pas du gaslighting qu’un désaccord sur l’interprétation d’une scène : deux personnes peuvent avoir vécu différemment un même dîner sans que l’une mente. Ce n’est pas du gaslighting qu’un souvenir différent : la mémoire est reconstructive chez tout le monde. Ce n’est pas du gaslighting qu’un refus de reconnaître ses torts, qui est de la mauvaise foi ordinaire. Et ce n’est pas du gaslighting qu’une opinion qui vous déplaît.

Employer le mot pour tout cela n’est pas qu’une imprécision de vocabulaire : cela dessert ceux qui subissent le procédé réel, puisqu’un terme qui désigne tout ne désigne plus rien, et qu’on l’écoute moins.

La question qui circonscrit

Une seule : des faits vérifiables ont-ils été niés de façon répétée ? Si oui, le mot s’applique. Si ce qui diverge est l’interprétation, l’intention ou le ressenti, c’est autre chose — un conflit, un désaccord, parfois de la mauvaise foi, et chacun de ces mots existe.

Ce qui aide, concrètement

La même chose que pour les autres procédés décrits dans se protéger de la manipulation émotionnelle : écrire. Date, phrase exacte, contexte. Puisque le procédé attaque la mémoire des faits, une trace écrite le neutralise mieux que n’importe quelle discussion. Et comme pour le reste, pas d’étiquette : ce qui se discute, avec un professionnel comme devant un juge, ce sont des faits datés.

Voir aussi poser ses limites, l’ego — dont le vocabulaire sert parfois au même usage — et emprise et relation à soi.

Les questions qui reviennent

D'où vient le mot gaslighting ?

De Gas Light, une pièce de Patrick Hamilton créée à Londres en 1938, adaptée au cinéma en 1940 puis en 1944 par George Cukor sous le titre français Hantise. Un mari y baisse l'éclairage au gaz de la maison en affirmant que rien n'a changé, pour faire passer sa femme pour folle. Le titre a donné son nom au procédé.

Comment distinguer le gaslighting d'un simple désaccord ?

Par une question : des faits vérifiables ont-ils été niés de façon répétée ? Si ce qui diverge est l'interprétation d'une scène, un souvenir, une intention ou un ressenti, c'est autre chose — un conflit, un désaccord, parfois de la mauvaise foi. Le gaslighting suppose la négation de faits, pas une divergence de lecture.

Pourquoi l'usage élargi du mot pose-t-il problème ?

Parce qu'un terme qui désigne tout ne désigne plus rien. Employer gaslighting pour n'importe quel désaccord dessert ceux qui subissent le procédé réel : le mot perd sa force et on l'écoute moins. Les autres mots existent et conviennent mieux dans la plupart des cas.

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